Katherine Longly

Artiste plasticienne - Photographe

Ateliers & stages - Médiation culturelle et projets participatifs - Formations

en

To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit.

Février 2016 - août 2017

EXTRAIT

Ce projet de livre explore la complexité des rapports que l'on peut entretenir avec la nourriture et avec son corps, dans le contexte particulier de la société japonaise.

Lors de la phase exporatoire du projet, une exposition intitulée Unease in the country of slimness a été présentée au 3331 ARTS CHIYODA de Tokyo.


J'étais en surpoids étant enfant.

Notre rapport à la nourriture est complexe, et intimement connecté à nos affects. Il est un témoin privilégié de notre histoire sociale et familiale. Il peut également se révéler être un outil redoutable dans la gestion de nos émotions. Et il est fondamentalement indissociable de la relation que l'on entretient avec son corps. Entre contrôle et plaisir, mon lien avec l'alimentation est toujours habité par le fantôme d'une petite fille un peu trop ronde. L'image de soi pose ses fondations dans l'enfance, avec force et persistance.

J'ai entrepris d'interroger ces enjeux au-delà de mon propre vécu. Recueillir des témoignages dans un evironnement éloigné de mes propres références, allait me permettre de comprendre ma propre histoire, avec le recul nécessaire.

La société japonaise est fascinante, en proie à de violents excès mais d'une infinie délicatesse. La maîtrise de soi y est une qualité hautement valorisée dans les rapports personnels et professionnels, qu'il s'agisse de réfréner des émotions trop vives ou de garder un contrôle quasi absolu sur son apparence. Par ailleurs, la nourriture traditionnelle japonaise, inscrite au patrimoine de l'Humanité, est vantée pour ses bienfaits sur la santé, alors qu'au même moment le pays connaît un bouleversement de ses habitudes alimentaires. Dans un pays que ne cesse de vanter la minceur de ses femmes, la pression exercée sur les corps est énorme.

A l'occasion de plusieurs résidences dans l'archipel, j'ai interrogé des Tokyoïtes, tous profils confondus, au sujet du rapport qu'ils entretiennent avec l'alimentation. Pour certains d'entre eux, se nourrir accompagne et renforce les liens sociaux, qu'il s'agisse de son entourage direct ou même d'une mère disparue. Pour d'autres, la nourriture est un outil de contrôle puissant permettant de modeler son corps ou de di-gérer ses émotions. Quoi qu'il en soit, manger n'est jamais seulement un acte technique.

Après avoir entendu leur histoire, j'ai confié à ces personnes un appareil photographique jetable, avec pour seule consigne d'illustrer cette relation sous l'angle de leur choix.

Ce livre est le fruit d'une collaboration étroite avec toutes les personnes rencontrées. Je les remercie de tout coeur d'avoir accepté de partager leur histoire avec moi.